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Le christianisme, une religion formaliste ?
 
 

Dans notre monde complexe, malgré la déchristianisation (1) qui frappe l’Europe de l’Ouest, les symboles chrétiens persistent heureusement, mais le christianisme semble toujours perçu comme une religion formaliste prescrivant une morale communautaire plus ou moins rigide et conservatrice selon les Eglises.

A vrai dire, les profanes y voient principalement des hommes et des femmes fréquentant (de moins en moins) les églises... sans pour autant rendre le monde meilleur ! Certes, lorsqu'ils ne sont pas indifférents, les gens de l’extérieur observent les chrétiens avec étonnement, mais la religion de ceux-ci – généralement matérialisée par une forte tradition, ou une imagerie souvent incompréhensible au commun des mortels, ou bien encore par un « ronron spirituel » non moins déconcertant – ne donne pas toujours envie de croire !

Par ailleurs, de plus en plus conditionnés par l’antichristianisme qui sévit actuellement, ou choqués par les imperfections (2) des Eglises, ou peut-être déçus par le manque d’enthousiasme apparent de beaucoup de croyants, les gens préfèrent donc se tourner vers des divertissements mondains pouvant tout autrement soulever les foules et susciter une exaltation insoupçonnée. Quelle énergie déployée alors pour se rendre en ces « lieux de culte » effervescents afin d’adorer leurs idoles... tandis que les églises se vident !

Si néanmoins dans ces dernières, on continue à célébrer les principales étapes de la vie (naissance, mariage, mort), il faut reconnaître que c’est surtout pour le décor religieux. Cela fait au moins passer la personne en question pour quelqu’un de bien ! En dehors de ces rares occasions d'entrer dans une église, les gens du monde ont vite fait de mettre Dieu au placard… de peur peut-être que ses exigences ne dérangent leur petite vie confortable !

Plus que tout, un formalisme excessif (dont le sens reste obscur pour la grande majorité des profanes) dénature l’essence même du christianisme… qui risque ainsi malheureusement d’échapper à tous les incroyants !

On peut souligner par contre la simplicité du christianisme primitif qui a su déclencher l’enthousiasme des foules. Quel était donc son secret alors qu’il n’y avait que peu de disciples pour répandre la foi chrétienne ? Ces premiers chrétiens témoignaient tout simplement d’une personne, celle de Jésus-Christ dont la vie exemplaire ici-bas leur servait de modèle. Par amour pour ses créatures, Dieu, en effet, au moment propice dans l'histoire, a envoyé son Fils pour les sauver, les secourir et leur offrir la vie éternelle, la Bible nous raconte cette histoire du salut.

L'enseignement de Jésus n'était pas une théologie compliquée et avait pour seul but de susciter la foi et l'espérance. Pourtant, lorsqu'il prêchait à de grandes foules, les réactions étaient très diverses. Si beaucoup le suivirent en l'adorant, d'autres en revanche manifestèrent une vive opposition... qui le conduisit finalement au châtiment le plus atroce, la crucifixion. Et comble de l’ironie, les auteurs de ce crime n’étaient rien d’autre que le clergé de l’époque, jaloux de ce Messie devenu trop populaire. Toute sa vie, le Christ a lutté contre la religion formaliste de cette caste honorée qui était en contradiction flagrante avec la simplicité de son enseignement.

Oui, Jésus était un révolutionnaire de son temps. Il a tenté de débarrasser la religion de ses traditions humaines dépourvues de signification et pour autant principal fondement de la religion formaliste à laquelle se conformaient si bien les juifs. Sa mort atroce résultant de la jalousie des gardiens de la loi montrait leur véritable nature en même temps que son amour inconditionnel pour l’humanité. Sa résurrection est la preuve de la victoire éclatante du bien sur le mal et cette puissance est aussi celle qui ressuscitera tous les hommes à la fin des temps.

Le véritable christianisme est une religion expérimentale, autour d'une relation entre Dieu et l'homme. En fait, c’est l'Esprit qui anime le cœur des croyants (Actes 1.8) et les amène naturellement à faire des expériences avec Dieu, un don impliquant aussi – entre autres – la confiance, la persévérance, la clairvoyance et l'audace du témoignage. Le christianisme authentique n’a rien de commun avec celui que le monde peut observer généralement. Il se résume en effet à une relation intime entre le Christ et le croyant qui attend le retour du Maître et la délivrance du mal. Ainsi, on est loin de la religion formaliste ridiculisée par la société.

Néanmoins, certains en observant les chrétiens se demandent pourquoi ceux-ci sont si différents des autres, quel est leur idéal et la force qui les anime, bref quelle est donc leur espérance ? Cette espérance est tout simplement l'objet de la bonne nouvelle annoncée par le Christ et ses apôtres, un message inouï, un cadeau exceptionnel et immérité, en un mot, la vie éternelle !

A l’exemple du Christ, les paroles et les actions des chrétiens sont (devraient être) empreintes d’amour et de compassion envers leur prochain. De quoi susciter un peu plus l’intérêt pour le « spirituel » et l’enthousiasme de nombreuses personnes de notre société actuelle. Et l’on peut admirer aujourd'hui encore ceux qui, en dépit de l’essor de l'athéisme contemporain, osent changer de vie… en cessant d’adorer leurs idoles du show business ou du monde sportif pour se tourner enfin vers celui qui est mort pour eux afin de les arracher au mal et de leur accorder la vie éternelle promise !

« La force de pénétration du message chrétien [affirme l’éminent homme d’Eglise, Jean-Charles Thomas, à qui nous laissons le mot de la fin] tient à son contenu : le Christ, venu dans notre chair, rejeté, condamné et crucifié, mais ressuscité par Dieu. Un tel message semble voué à l'échec puisqu'il évoque impuissance et folie [l’auteur se référant à la prédication de Paul]. En réalité, il touche le cœur de ceux qui peinent, ployant sous le fardeau de leur existence. Il devient convaincant pour ceux qui cherchent une sagesse supérieure aux conformismes ambiants. Il transmet le courage d'affronter la réalité avec le souffle d'en haut. Dieu y manifeste sa puissance de résurrection qui déplace les obstacles en faisant revivre ce qui semblait définitivement mort. Aujourd'hui, laissons-nous surprendre et convaincre par ce paradoxe du message chrétien (3). »

 
Karin Bouchot
 

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1. A propos de la déchristianisation, voici ce qu’écrit l’historien et sociologue, Emile Poulat : « En quatre siècles, nous sommes passés d’un monde où l’athéisme était impensable à une société où le christianisme devient inacceptable et incroyable. Nous avons remplacé un monde tourné vers l’au-delà par une société conçue et organisée pour l’ici-bas, qui laisse libre cours au religieux, mais en tarit le sens pour elle-même. » (Emile Poulat, Où va le christianisme à l’aube du IIIe millénaire ?, Paris : Plon/Mame, 1996, p. 172-173).
2. Citons dans le désordre ces – possibles – imperfections des Eglises : administration paralysante, dogmatisme caractérisé, enseignements fantaisistes, déviances, scandales, fausse apparence de respectabilité dont cherchent à se parer certains dirigeants, carriérisme, orgueil spirituel… Hélas, aucune Eglise n’est parfaite !
3. Thomas Jean-Charles, « Le disciple ne doit pas cacher ce qui le fait vivre », Esprit & Vie, Cerf, n° 119, 2005, p. 33-34.

 
 
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